Bravant la neige et le froid, près de 150 personnes ont assisté au séminaire inondations organisé, dans le cadre du projet "Grande Seine 2015", par le Département de Seine-Maritime.
Une des préoccupations exprimées par les acteurs locaux lors de l’élaboration du Schéma « Grande Seine 2015 » porte sur la problématique inondation qui fait l’objet de deux fiches programme. Dans ce cadre, le Département de Seine-Maritime souhaite réaliser une étude visant à définir sur l’ensemble de la Seine-Aval, les outils opérationnels d’anticipation du risque et de réduction des impacts.
Au préalable, le Département de Seine-Maritime a organisé cette séance de travail pour poser les problèmes – enjeux, vulnérabilités – et illustrer, au travers de retours d’expérience, les actions permettant d’éviter qu’une inondation ne se transforme en un grave traumatisme territorial.
Ainsi, le 2 décembre dernier, les maires de la Vallée de la Seine, les représentants des intercommunalités, de l’Etat, des établissements publics, des établissements universitaires, des entreprises … ont assisté à une séance de travail qui s’articulait autour de trois tables rondes :
- Caractériser l’aléa et le risque encouru par le territoire
- Repenser l’action publique : adapter l’aménagement au niveau de risque
- Construire un cadre de référence sur la Seine-Aval
En introduction, Frédéric Sanchez, vice-président du Département de Seine-Maritime en charge de la valorisation de la Seine, a rappelé, à propos du risque inondation, qu'"il faut tenter non seulement de le constater pour protéger nos concitoyens, les salariés des zones d'activité et les usagers du port ou les habitants. Mais au-delà de cette protection évidemment nécessaire, et c'est un impératif que l'Etat naturellement assure et coordonne, il y a naturellement l'enjeu d'une gestion active de ces risques et de sa réflexion dans la durée pour, ici ou là, rendre possible des aménagements nouveaux, là où par exemple on peut constater l’existence de friches industrielles, ou là ou l’on peut constater l’existence d’espaces qui pourraient être mis à la disposition des initiatives des communes, des départements et de la région".
"Voici à ce stade, comment les échanges se présentent, pourquoi on se réunit pour tenter d'évaluer en ce sens ce que sont les enjeux d'une réflexion du risque inondation, des problèmes que nous rencontrons, des problèmes réglementaires, des problèmes de coordination entre nous".
"Ce séminaire a vocation à consolider le cahier des charges de cette étude et à la rendre, au fond, plus pertinente au regard des préoccupations qui sont les nôtres" ... afin de "gérer ensemble ce risque inondation".
Caractériser l’aléa et le risque encouru par le territoire
Pour introduire cette table ronde, Cédric Fisson, chargé d’étude au GIP Seine-Aval, a rappelé la typologie de déclenchement et la spatialisation des enjeux du risque inondation dans l’estuaire de la Seine. Le fonctionnement hydrologique de l’estuaire de la Seine et le niveau des eaux est sous l’influence de facteurs hydrologiques, astronomiques et météorologiques. Il doit également tenir compte aujourd’hui des projections d’évolution du régime hydro-météorologique liées au changement climatiques.
A travers une série d’exemples (Nouvelle Orléans, Royaume-Uni) Nicolas Gérard Camphuis, directeur du CEPRI, illustra ensuite les traumatismes à long terme qui résultent d’une inondation. Il insista notamment sur le fait « qu’en réponse au risque, il s’agit d’élaborer et de mettre en œuvre un programme ambitieux d’adaptation du territoire, reposant sur un aménagement capable de faire face à la menace et aux conséquences négatives que peuvent avoir les inondations ».
Bruno Barroca, professeur à l’Université Paris Est, a ensuite présenté sa grille d’analyse du risque encouru par un territoire. Cet outil d’aide à la décision permet d’analyser et d’évaluer la vulnérabilité locale aux inondations selon plusieurs facteurs : l’aléa, la population, la vulnérabilité du bâti, la vulnérabilité liée aux usages et la vulnérabilité liée à la gestion de crise.
En conclusion de cette table ronde, Laurent Mabire, chef du bureau de la planification et de la gestion des crises au SIRACED PC de la Préfecture de Seine-Maritime, a identifié les dispositifs de gestion de crise. Ainsi, la Seine fait l’objet d’une surveillance permanente du service de prévention des crues. En fonction de l’importance des crues, différents dispositifs peuvent être mis en œuvre : plan ORSEC, plans communaux de sauvegarde, appui des associations de sécurité civile. La coordination des acteurs par le préfet permet d’atténuer les risques.
Repenser l’action publique : adapter l’aménagement au niveau de risque
En introduction, Nicolas Gérard Camphuis a présenté la communication préparée par Marielle Chenesseau, ingénieur à la Communauté d’agglomération d’Orléans, sur l’expérience de la réduction de la vulnérabilité menée par la Communauté d’agglomération Orléans Val de Loire. L’objectif de cette initiative est de pouvoir rétablir au plus vite les services à la population et faciliter le retour à la normale du territoire.
Xavier Chelkowski, urbaniste à l’Agence d’urbanisme Flandre-Dunkerque a ensuite montré comment, en l’absence de Plans de prévention des risques inondations (PPRI) et de schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE), le risque naturel inondation a été pris en compte dans les documents d’urbanisme (SCOT, PLU).
Nathalie Lasmoles, chargée de projets à l’Institut européen des risques d’Honfleur, a enfin rappelé l’importance d’un meilleur partage des connaissances, quelles soient scientifiques, juridiques, environnementales, économiques ou sociales. Elle a illustré son propos en présentant POLITES, base de connaissances qui organise et structure les ressources diverses autour d’associations et de référentiels métiers communs.
Construire un cadre de référence sur la Seine-Aval
Guillaume Appere, Chef du service risques à la DREAL de Haute-Normandie, a introduit cette table ronde en présentant la Directive Cadre Inondation du 23 octobre 2007 qui vient d’être transposée dans la loi « Grenelle 2 » du 12 juillet 2010. Elle prévoit ainsi l’évaluation préliminaire des risques et la sélection de territoires à risques importants, la cartographie des risques d’inondation pour ces territoires et la réalisation de plans de gestion des risques d’inondation. La coordination de ces instruments permettra de renforcer le pilotage global des interventions de l’Etat et des autres parties prenantes.
Nicolas Gérard Camphuis donna ensuite les éléments nécessaires à la construction d’un cadre de référence sur la Seine-Aval qui doit mobiliser l’ensemble des acteurs du territoire. Les plans d’actions pour la prévention des inondations offrent un cadre de contractualisation autour d’un programme d’actions qui peut évoluer vers un programme de territoire élaboré par l’Etat et les collectivités territoirales. La Directive Cadre Inondation va aussi donner un cadre de référence et de cohérence, à travers les plans de gestion des risques d’inondation à l’échelle des districts hydrographiques et les stratégies qui seront déclinées localement.
Enfin, en conclusion de cette table ronde, Jean-Jacques Barreau, Directeur de l’Environnement au Département de Seine-Maritime a présenté l’étude inondation que le Département souhaite initier avec l’Etat, les collectivités territoriales, les EPCI, les partenaires économiques et de la vie civile. Cette étude donnera priorité à un diagnostic détaillé et à une analyse multicritères du territoire en tenant compte des réalités d’occupation actuelle et à venir de l’espace. Au niveau opérationnel, ce travail doit être utile en matière de gestion du risque d’inondation, et permettre ainsi d’orienter chaque maître d’ouvrage ou acteur d’aménagement du territoire dans la mise en œuvre de leurs projets.
Concluant ce séminaire, Frédéric Sanchez a formulé plusieurs observations. "Nous avons été inondés, nous le serons à nouveau. La seule incertitude porte sur la date. ... C'est une remarque fondatrice sur ce qu'il faut continuer à faire, l'inondation est là, nous devons vivre avec. ... Un ou deux concepts intéressants nous conduisent ensemble à réfléchir ... la vulnérabilité y compris des territoires qui ne sont pas inondés ... la résilience, comment on résiste aux chocs ... la gestion de crise avec cette préoccupation permanente de l'après crise".
"Il y a dans notre schéma "Grande Seine 2015" beaucoup de matière qui est disponible pour chacun d'entre nous, y compris l'Etat bien sûr, et qui doit nous permettre de nous inscrire dans le calendrier, notamment celui de l'Etat, aussi rapidement que possible pour faciliter l'appréhension des problématiques".
"Il s'agit de gérer le risque inondation, dans l'esprit de la nouvelle directive transposée en droit français. Il va falloir que nous rappelions nos objectifs ... Il s’agit d'abord de se promener en bord de Seine, d’y faire du vélo, de pouvoir y trouver une nature riche de biodiversité et de zones humides, avec des enjeux de renaturation évidents. On a déjà dit que l'on voulait pouvoir y travailler et pouvoir évidemment résorber des friches dont on est en train d'évaluer les dimensions, mais aussi de créer, ici ou là, quelques nouvelles zones, parce que si on n'a pas de foncier, on ne pourra pas apporter de contribution aux mutations économiques très lourdes qui vont affecter nos industries traditionnelles, l'industrie énergétique, le raffinage et l'automobile pour créer de l'emploi".
"Dans le schéma "Grande Seine 2015", on a dit aussi tout l'intérêt des paysages remarquables de la Seine, il y avait ici ou là effectivement des paysages à entretenir et à gérer, pour que ce patrimoine naturel de paysages soit transmis évidemment à nos enfants. On a, au fond, déjà beaucoup travaillé à ces d'objectifs, et surtout nous nous sommes engagés sur un certain nombre de réalisations concrètes".
"Donc, à la fois, il faut que nous soyons modestes à l'appréhension de processus qui sont très difficiles avec des exemples qui donnent froid dans le dos comme la Nouvelle-Orléans, mais nos objectifs sont ambitieux. Mais, il ne faut pas douter de notre capacité à atteindre les objectifs. Je crois qu’il faut compter sur notre capacité collective à maintenir cette attention à ces problématiques et à inscrire dans la durée nos initiatives".
"C'est la seule façon de, par exemple, faire face à une certaine pénurie d'argent public qui ne permettra plus de financer tout et immédiatement. Mais, dans la durée, avec le travail collectif et une intelligence mobilisée, il n'y a aucune raison qu'on n'y arrive pas. Le plan Loire de ce point de vue est un exemple pour nous".
"On sera inondé c’est sûr, mais comme on est très résilient, on saura rebondir et ce, d'autant plus qu'on aura les idées claires sur les objectifs de "Grande Seine" et qu'on aura préparé l'après inondation".
Lire aussi : Les inondations en Seine : Quel risque ? Quelle prévention ?
Le recueil de résumés, les diaporamas, la bibliographie
Plus d’informations sur le séminaire et l’étude inondations :
Département de Seine-Maritime
Direction de l’Environnement
Jean-Jacques Barreau 02 32 81 68 89
Yann Labiste 02 76 51 70 04
Mission Ports et Littoral
Bruno Dewevre 02 35 03 57 68